Soutenance de thèse de Salomé LAURANS – vendredi 24 mai 2024 en salle Magat

10 May 2024 par clavaguera
Salomé Laurans du groupe CPSysBio soutiendra sa thèse le vendredi 24 mai 2024 à 13h30

"Interactions neutrophiles-adénovirus: mécanismes moléculaires impliqués et rôle physiologique"
Cette thèse s'est déroulée entre l'Institut de Chimie Physique et l'UMR METSY à l'Institut Gustave Roussy et a été dirigée par Sophie Dupré-Crochet et Karim Benihoud.

La soutenance aura lieu dans la salle Magat (bâtiment 349) le vendredi 24 mai à 13h30 et sera en français.

Résumé en français

Les polynucléaires neutrophiles (PN) sont des cellules de l’immunité innée constituant, après les muqueuses et les épithéliums, la première ligne de défense contre les pathogènes. Si leur rôle est bien connu dans l’élimination des bactéries et champignons, leurs interactions avec les virus ont été moins étudiées. Lors d’infections virales, les PN peuvent être nécessaires à la résolution de l’infection (infections par le virus de l’herpès ou le virus de la grippe A) mais aussi, dans certains cas, excessivement recrutés et/ou activés générant ainsi d’importants dégâts aux tissus hôtes (virus respiratoire syncitial, SARS-CoV-2). Parmi les virus rencontrés par les PN, les adénovirus (Ad) sont des virus responsables d’infections bégnines. Cependant, certains sérotypes sont à l’origine d’épidémies de gastroentérites, d’infections des voies respiratoires supérieures et même plus récemment d’une épidémie d’hépatites chez des enfants. Très peu d’études ont exploré les interactions entre PN et Ad. Le but de ces travaux a donc été, par une approche in vitro, de mieux comprendre l’interaction Ad-PN (liaison, mécanisme d’internalisation, trafic intracellulaire) et de caractériser les conséquences de cette interaction sur les PN et les Ad ainsi que les voies de signalisation et acteurs moléculaires impliqués.

Mes travaux ont montré que la liaison des Ad aux PN humains nécessite que les Ad soient recouverts par des immunoglobulines G, reconnues alors par le récepteur CD32 (FcγRIIa). De plus, par des approches de microscopie confocale et de microscopie électronique à transmission, nous avons observé l’internalisation de clusters d’Ad au sein d’un compartiment phagosomal. L’interaction PN-Ad est associée à une augmentation rapide de la concentration calcique cytosolique suite à une entrée de calcium du milieu extracellulaire. Cette interaction déclenche également la production de formes réactives de l’oxygène (FRO), détectée par chimioluminescence et par une sonde fluorescente in situ, en accord avec le recrutement de la sous-unité cytosolique p67phox de la NADPH oxydase NOX2 au phagosome contenant les Ad. Quelques heures après internalisation des Ad, une mort des PN a pu être observée. Celle-ci est dépendante du calcium et implique un des acteurs de la nécroptose, RIPK3. Cette mort est aussi associée à la formation de Neutrophil Extracellular Traps (NET) et ne nécessite pas l’activation de NOX2. Parallèlement, une analyse du transcriptome à l’échelle de la cellule unique a révélé que l’exposition des PN aux Ad induisait la transcription de gènes spécifiques dont celui codant l’interleukine 8 (IL-8). Cette dernière est libérée suite à l’internalisation des Ad de façon indépendante des FRO mais RIPK3 dépendante.  En revanche aucune sécrétion significative de leucotriène β4, un chimioattractant des PN, n’a été observée. Par ailleurs, à la multiplicité d’infection étudiée, cette internalisation des Ad dans les PN semble peu affecter leur pouvoir d’infection.

Ces données montrent que les PN reconnaissent les Ad opsonisés, les internalisent tout en activant un programme transcriptionnel spécifique. L’exposition des PN aux Ad déclenche la mise en œuvre d’un programme pro-inflammatoire, via la production et libération de FRO, de NET et d’IL-8, qui conduit à la lyse des PN. Ce contexte pro-inflammatoire pourrait avoir des conséquences sur la réponse immune adaptative anti-adénovirale.